Se taire me semblait être une chose honorable, garder cela dans mon c½ur et lutter pour que rien ni personne ne déniche ne serait-ce qu'une preuve . Que personne n'aperçoive ma culpabilité, ma fragilité et encore moins l'objet de l'enchaînement intolérable qu'a subit mon c½ur .
Souvent je me prenais à me féliciter, à admirer mon silence, à applaudir mes retenues, mes gestes si calculés . Je m'applaudissais à n'être qu'un pantin sous l'autorité d'une raison qui ne désirait plus tomber amoureuse .
Chaque matin je m'exerçais au même rituel, réprimandais mon c½ur comme un enfant ayant fauté, l'obligeais à se plier à mes exigences et astreignais mon visage à ce figer en un rictus mensonger et hypocrite .
J'avais trouvé une alternative plutôt plaisante à ma situation, ce n'était pas le remède escompté mais ça me convenait . . . Je mentais au monde entier, à moi même et aux autres .
J'en étais même arrivé à croire que ce sourire si bien figé sur mon visage était vrai, que je ne jouais plus, que le mensonge était devenu réalité . Douce et paisible réalité .
Je prenais un malin plaisir à admirer ce nouveau moi qui naissait, je contemplais mon c½ur vidé de tout sentiment, mon esprit agréablement privé de rêve, je riais de moi même, pourquoi n'avais-je donc pas trouvé pareille solution avant ?
Pourquoi n'avais-je pas compris plus tôt que le simple fait de taire ce désir grandissant, de l'emprisonner jusqu'à suffocation me permettrait de vivre ?
J'avais cru, espérer d'une telle force que cette solution qui s'offrait si facilement à moi était la bonne et, une fois encore, je me suis trompée.
Pourquoi la facilité ne pourrait pas être pour une fois le remède à mes blessures ?
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Et mes sentiments m'ont rattrapés, mon c½ur à jouer au plus futé, se montrant sans vie pendant cet intermède et reprenant du poil de la bête quand ne plus être maître de ma destinée ne lui convenait plus, et ma raison a sombré, se laissant envelopper de ce voile d'amour si longtemps bafoué .
Les larmes prirent place sur mon visage, effaçant ce si joli sourire, terrassant mes yeux si plein d'espoir auparavant .
Et je t'ai aimé bien plus férocement, mes sentiments ont pris de l'ampleur à chaque regard, chaque parole, chaque sourire furtif, chaque mot niais et dérisoire . Et je t'ai aimé sans concession, laissant mon c½ur et mon âme sous le contrôle de cet amour que je sais dévastateur et meurtrier .
Je t'aime pour ce que tu n'es pas . Pour ce que tu ne m'apporteras pas . Pour cet homme que je voudrais que tu sois mais surtout pour ce que tu crée en moi, cette joie si douloureusement bonne . Je t'aime, tel est mon problème. Je crois en toi, mais es- tu réellement capable de changer ?
Me ferais-je encore prendre à croire à tes mots. A ton regard qui me brûle de l'intérieur. Je persiste à vouloir te donner cette chance. Cette chance que je ne devrais apparemment pas te donner.
Et je sombre dans ma propre folie. . .